Jour de Lunes

Novembre 2017 : retour de la Première du spectacle « Jour de Lunes » au Festival guitare d’Issoudun, un texte écrit spontanément par Victor Guérif, luthier guitare.

« Une note, Je brille,
Une liberté, Je vibre.
Des sons, des visages, je vois. Je brûle, la musique résonne.
Aimant je suis, pour faire plaisir à mon ouïe.
Combien êtes-vous ? Neuf dites-vous ?
Allez je danse, c’est magnifique comme sensation puisque je suis.
Écoute je suis là, le son résonne devant moi et en Moi.
Je suis pleine et neuve à la fois, le son est en douceur beau en croissance, touchant.
En plus, ça bouge, comme toutes ces cordes qui vibrent.
Puis, plus rien, aucun son, et soudain, une réponse.
Des bruits de nuit, des sons de percussions, je suis ici et là-bas en même temps.
Ici, oui, des couleurs musicales qui rythment la vie de la danse.
Majestueuse, je sens le bois et par-dessus les toits, je vous vois.
Je suis touchée.
Bravo ! »

Octobre 2018, c’est au Théâtre des Cordeliers à Annonay que « Jour de Lunes » frappe une seconde fois… La soirée est introduite par le témoignage de Philippe Berne retranscrit ci-dessous, le spectacle est assuré par Alexandre Michel, musicien compositeur, Charles Ngombengombe, danseur chorégraphe, les musiciens Federico Salva, Thibault Grava, Antoine Carteret, Jules Neff, Danilo Rodriguez, Jean-Paul Hervé, et dans les coulisses : Gabriel Monnot au décor, Amélie Verjat à la lumière, Pierre-Alain Vernette au son.

« J’ai 5 ou 6 ans. Il y a un homme devant moi qui cherche méthodiquement dans un tas de branches de frêne. Il les retourne, les examine, semble les classer, puis finit par en choisir une. Il en coupe les extrémités puis il s’en va. Je le suis, dans un minuscule atelier où il va couper, tracer, râper, poncer et finalement ajuster ce qui deviendra la poignée d’une faux (cette pièce en angle droit qui sert à tenir l’outil un peu plus près du sol). Cet homme c’est mon père et c’est, je crois, le plus vieux souvenir que j’ai de la transformation du bois en quelque chose de beau, lisse, doux et utile…

Bonjour, je m’appelle Philippe Berne, je suis né à St-Sauveur-en-Rue, je suis le dernier d’une grande famille de paysans. J’ai une formation de menuisier, je suis artisan luthier depuis une vingtaine d’années et c’est justement à l’occasion de ces vingt ans que j’ai eu envie de fabriquer ces instruments, ces lunes, un peu comme pour fêter ça.

J’ai la chance de faire un métier qui jouit d’une certaine reconnaissance sociale et j’entends parfois « c’est sûr, vous êtes un artiste ! ». Mais les artistes, les peintres, les sculpteurs ou les musiciens ont une liberté totale avec les formes, les couleurs ou les sons qu’ils utilisent. Moi, je suis soumis à tout un tas de critères, de normes, d’habitudes et surtout de tradition. Elles pèsent parfois des tonnes, croyez moi… Essayez donc de vendre un violon carré dans un conservatoire ! Et si là, justement, fort des ces vingt ans de lutherie, de ces centaines d’instruments fabriqués, je m’autorisais à tout désapprendre et à chercher ailleurs, comme ça, juste pour la curiosité de dessiner, de savoir, de créer, bref de m’exprimer ?

J’ai donc fabriqué « Luth & Architecture » en hommage à ce merveilleux instrument qu’est la guitare tout en respectant les repères tactiles de l’instrument pour le confort du musicien. La première « Lune » venait de naître. L’exercice ayant été plutôt agréable j’en ai dessiné deux, puis trois puis quatre et là, une ou même plusieurs questions se sont imposées à mon esprit : ces œuvres sont destinées à être jouées (ou pas ! Je rappelle que je suis artisan et qu’il convient de vendre ce que je fabrique… Donc si c’est accroché au-dessus de la cheminée, ça me va aussi !)… Dans le cas où elles sont destinées à être jouées, qu’en est-il de celui qui écoute ? En effet lorsque nous allons au concert, nous nous asseyons et nous regardons les musiciens jouer, ils sont beaux… Bien sûr, c’est bien connu, tous les musiciens sont beaux sinon nous ne passerions pas des heures à les regarder ! Par contre ils jouent sur des instruments semblables à tous les autres instruments. Alors, que se passerait-il si ces instruments étaient des œuvres d’art unique ? S’il y avait autant à regarder qu’à écouter ? La perception de la musique pourrait-elle en être changée ?

Pour répondre à ces questions une mise en situation était indispensable. Le hasard (s’il en est) a mis sur ma route Alexandre Michel, compositeur lyonnais venu s’installer nouvellement à Burdignes. Je lui ai proposé d’écrire une heure de musique pour et avec les Lunes (c’est d’ailleurs lui qui montera l’équipe qui va jouer devant vous). L’idée de voir ces drôles d’instruments sur scène jouer une musique qui leur était destinée était là, cependant il me manquait quelque chose… Depuis toute ma vie, je n’arrive à réfléchir qu’en marchant, j’ai besoin de déambuler, de flâner pour rassembler mes idées (c’est peut être pour cela que je n’était pas très bon à l’école, vous imaginez…) Alors, écouter une musique jouée par des musiciens assis, sur des instruments qui avaient été créés dans le mouvement était pour moi un non-sens, il manquait le mouvement. Et là, deuxième coup du hasard (s’il en est…), vient s’installer juste à coté de chez nous un couple avec deux petites filles pétillantes de soleil. Et ils sont tous deux danseurs et musiciens ! Je leur parle du projet et Charles me répond : « je vais être et danser la dixième Lune ! » Le spectacle était en train de naître. Pour ma part, j’allais aller de découvertes en découvertes…

Ce spectacle, nous l’avons présenté il y à un an à Issoudun lors du plus grand rassemblement de luthiers guitare en France. Ce soir je tiens à remercier toute l’équipe et au nom de tous la mairie d’Annonay, la Vanaude et le Théâtre des Cordeliers et ses techniciens pour nous avoir permis de finaliser ce grand projet. Et nous vous remercions bien entendu d’être là aussi nombreux !

Et bien maintenant, glissez-vous dans une bulle, écoutez, sentez, regardez et touchez du doigt les détails de ce voyage vers… les lunes !
Bon voyage ! »

Retour en images, photographies Rachel Paty. (Cliquer sur une vignette pour passer en mode diaporama).